LA CBCA, A TRAVERS L’HISTOIRE…

 Editorial

Adaptation du Rév. KAMBALE MANGOLOPA

La mission protestante à l’Est du Congo commence vers les années 1921 avec l’arrivée de la Mission Suédoise Baptiste au Kivu. Ils seront suivis par les Méthodistes, les Pentecôtistes Norvégiens et en 1927 selon Braeckemenn, par l’Unevangelised Africa Mission – UAM en sigle, qui est la mission mère de la CBCA. Paul Hurlburt, le fondateur de l’UAM n’était pas un étranger en Afrique. Il y avait déjà été avec son père dans l’Africa Inland Mission, actuelle CECA 20. Rentré aux Etats Unis,il créa l’UAM pour apporter la Bonne Nouvelle là où aucun missionnaire ne l’avait encore prêchée. L’aventure vers les terres non évangélisées commence à Dar es Salaam, passe par Kigoma, Uvira et à pied, empruntant les sentiers des agents de la colonie, Hurlburt s’installa à Pangoma en territoire de Lubero, d’où il fonda les deux premières stations missionnaires de Kitsombiro et Katwa, qui serviront pendant longtemps d’arrière-garde, de pépinières et de quartier général de la nouvelle mission.

Ces deux stations fourniront la plupart d’évangélistes ou missionnaires autochtones pour les autres stations. Suite aux difficultés financières causées en grande partie par les conjonctures difficiles de l’époque et la deuxième guerre mondiale, l’UAM céda en 1946 son oeuvre à la Conservative Baptist Foreign Mission Society (CBFMS) qui devint la Mission Baptiste au Kivu en 1957. Ces missionnaires étaient fort engagés dans l’évangélisation et le social. Ils s’occupaient de tous les déshérités: les lépreux, les orphelins, les veuves, les filles et femmes opprimées trouvaient asile à la mission. Même une école unique en son genre au Congo Belge recevait les enfants métis à Ndoluma. Deux grands hôpitaux furent construits respectivement à Rwanguba et à Katwa.

Dans l’évangélisation, après la création de l’Ecole Biblique de Rwanguba, la CBFMS va créer des paroisses rurales où des pasteurs locaux seront installés comme par exemple Luka Paluku Kinyoma à Katwa, Yoane Kambere Masereka à Kihindo, Gabriel Muhindo Kulala à Rwanguba, Yofeti Serushago à Burungu, Samuel kambere à Kibisi, Daniel Syaikomia Mwiraghulu à Kitsombiro, Marko Kauta Muhesi à Goma, Luka Mangolopa à Bukavu, Joseph Muhindo Bigenza à Mushweshwe, Musa Kalinyi à Ndoluma. C’était le début d’une nouvelle ère où un pasteur noir pouvait administrer le sacrément, bénir le mariage, etc.

La faiblesse de la CBFMS et de l’UAM résidait dans le système d’enseignement. La question fut débattue dans la conférence annuelle tenue à Rwanguba du 3 au 5 janvier 1956 où il était décidé que la situation soit améliorée dans un délai raisonnable. A Bukavu, le Pasteur Luka Mangolopa ferma son école et obligea Paul Hurlburt à négocier le transfert de ses élèves à l’école laïque officielle de Kadutu à la rentrée scolaire 1956-1957.

Le feu fut mis à la poudre lorsque Mr. Severin Ruvunangiza, finaliste de la première promotion de l’Ecole de Moniteurs de Katwa ne fut pas accepté comme enseignant à l’Ecole primaire officielle de Goma au motif que son diplôme n’était pas reconnu par l’Etat. Cet événement poussa les pasteurs et laïcs autochtones à convoquer une conférence à Burungu du 18 au 21 août 1959 où la question de l’enseignement devait être résolue une fois pour toutes. Malheureusement les missionnaires ne répondirent pas à l’invitation. Cela n’empêcha pas la tenue de la conférence. Les 111 délégués présents remercièrent les missionnaires pour leur avoir annoncé l’Evangile. Ils créèrent l’Association des Chrétiens Congolais de la Mission Baptiste au Kivu (ACC-MBK) et élurent un comité de huit membres qui devait présenter les problèmes des églises aux missionnaires et à l’Etat.

Il s’agit de Gabriel Bulere, Yesse Muhindo, Joseph Muhindo, Joseph Serushago, Lawi Bakulu, Luka Mangolopa, Samuel Kisonia et Samuel Kahamba. Après maintes discussions sans compromis l’ACC-MBK fut transformée en « Union Baptiste d’Entraide Indigène », puis en « Synode des Eglises Protestantes Baptistes au Kivu », tendant déjà ainsi vers une Eglise autonome. En fait les autochtones et les missionnaires n’arrivaient plus à s’entendre; ce qui provoqua beaucoup de dégâts, des emprisonnements et même des pertes en vies humaines. Après l’échec de plusieurs interventions et tentatives de réconciliation menées par l’Eglise, l’administration publique, les courts et tribunaux, la solution fut la séparation et la création d’une Eglise indépendante de la MBK.

Dans la recherche de la reconnaissance juridique, les autochtones s’accordèrent sur le nom de « Eglise Protestante Baptiste au Kivu ». Avec le concours de plusieurs personnalités parmi lesquelles on peut citer Pierre Wagner, les honorables députés provinciaux Kakule Muhutsa Elisée, Kambale Mathiasi Mbasa, Yesse Muhindo Muhasa et Paul Hangi ainsi que les pasteurs et anciens de l’Eglise Daniel Syaikomia Mwiraghulu, Kauta Marc, Kakule Kaliki Eraston, Kambale Syaitsutswa, Henri Muhindo Mwanaweka, Henri Kahindo Mutahwa, Madi Louis, Mwanza Gaston, Pierre Shaumba, secrétaire du Conseil Protestant du Congo et Zolana,Secrétaire au Ministère de la Justice et Garde des Sceaux, la nouvelle Eglise EPBK obtint enfin sa personnalité juridique avec l’Ordonnance N° 170 signée le 12 juin 1964 par la Président Joseph Kasavubu avec à sa tête Lawi Bakulu comme Représentant Légal et Luc Mangolopa comme Représentant Légal Suppléant. Le document tant recherché après beaucoup d’efforts, de souffrance et de sacrifices était là.
Il fut présenté aux membres venus de tous les coins le mois suivant à Katwa dans une cérémonie grandiose unique en son genre. Un arbre commémoratif fut planté et les délégués de chaque poste devaient aller planter un morceau de cet arbre chez eux. La reconnaissance juridique ne mit pas fin aux hostilités. En fait la question du patrimoine de la Mission n’était pas résolue, ce qui occasionnait souvent des affrontements entre les deux groupes. Beaucoup de gens, comme par exemple l’Evêque Bokeleale de l’Eglise du Christ au Congo, croyaient que la solution était la réunification. La dernière tentative de réconciliation, qui semblait avoir réussi fut celle qui a eu lieu du 27 janvier au 1er février 1974 à Goma. A l’issue de celle-ci, une nouvelle appellation fut adoptée – CBK- qui synthétisait les deux noms : CEBK et CPBK. Une équipe mixte dirigeante, chargée d’élaborer de nouveaux statuts et un règlement d’ordre intérieur fut mise sur pied. Mais les membres élus de la CEBK ne prirent pas leurs fonctions et le Pasteur Paluku Kalwaghe, dirigea la transition pendant deux ans, au bout desquels la CBCA élit de nouveaux dirigeants. Avec son extension audelà des frontières provinciales et nationales, la Communauté Baptiste au Kivu devint la Communauté Baptiste au Centre de l’Afrique. Dans son parcours, la CBCA n’a cessé de suivre les pas des premiers missionnaires dont l’accent était focalisé non seulement sur l’évangélisation mais aussi sur le social.

Dans le domaine de l’Evangélisation, elle va intensifier des campagnes d’évangélisation et s’activera dans l’extension pour passer de six postes ecclésiastiques en 1959 à 18 aujourd’hui. Un accent particulier fut mis sur la formation des serviteurs. Ainsi, à côté de l’Ecole Biblique de Katwa, qui devint l’Institut Biblique de Katwa, deux extensions furent ouvertes à Muku et à Bambo, mais cette dernière fut fermée à cause de l’insécurité. Ensuite des jeunes furent envoyés en formation théologique dont les premiers furent Paluku André Kivikwamo, Malinga Etienne, Kambale Mangolopa à Kananga, Kakule Molo à Kisangani, puis Léonard Masu-ga-Rugamika à Kinshasa. Ces deux derniers deviendront les premiers docteurs en théologie de la CBCA. Entretemps d’autres évangélistes furent envoyés dans des écoles bibliques des communautés voisines. Pour supporter les étudiants, comme dans toutes ses actions, la CBCA organisait des collectes spéciales en leur faveur. Parmi les personnes de bonne volonté, on peut citer Mr. Kambale Ndaliko qui accorda des bourses d’études, équipa des bibliothèques évangéliques et finança l’évangélisation des jeunes surtout en milieu scolaire. Un engouement pour l’évangélisation s’observa dans la communauté avec l’équipe mobile d’évangélisation présidée par le Rév. Bulere Byasongya Gabriel et les paroisses se mobilisèrent pour envoyer des pasteurs et évangélistes dans les nouveaux champs de mission. Ce mouvement atteignit son apogée dans les années 90 avec les grandes campagnes d’évangélisation animées par le Rév. Kateghe Ndungo Ezéchiel et par l’extension de la communauté dans les autres provinces et certaines grandes villes du Congo. Dans le domaine social, la CBCA s’investit dès le départ dans l’ouverture des écoles.

De deux écoles primaires, Katwa et Kitsombiro, héritées de la mission et dirigées respectivement par Petro Kahindo Lukuka et Eisée Kambale Vahotwa, elle organise aujourd’hui 605 écoles dont 18 maternelles, 386 primaires et 201 secondaires. C’est aussi la CBCA qui a initié l’ULPGL Goma, Bukavu et Butembo ainsi que l’Institut Supérieur de Techniques Appliquées de Ndoluma.

Dans le domaine de la santé, la CBCA s’est efforcée de maintenir les deux hôpitaux hérités de la mission – Katwa et Kitsombiro – même sans médecin pendant beaucoup d’années jusqu’à ce que l’Etat y affecte le Dr. Marc Nzobuhihankuye avec l’aide de l’OMS. Elle s’est ensuite lancée dans la construction des formations médicales pour faciliter l’accès aux soins de santé surtout dans les milieux ruraux. Parmi les acteurs principaux dans ce domaine, on peut citer Padona Katabu Musayi, André Mutsuva, Paul Mbululi, Bikungu Samuel, Yohani Kimuha, André Kataliko, Jérémie Syauswa, etc. A ce jour, elle compte plus de 150 formations médicales, soit le tiers des formations médicales de toute la province du Nord-Kivu. Elle cogère 5 zones de santé avec l’Etat (Katwa, Biena, Karisimbi, Mambowa et Bambo) et organise 5 instituts d’enseignement médical (Mambowa, Katwa, Kitsombiro, Goma et l’Institut Supérieure de Téchnique Médicale de Virunga-Goma) qui comptent parmi les meilleurs du pays. Elle est aussi fortement engagée dans la lutte contre le VIH/SIDA et les violences liées au genre.

Dans le domaine social, depuis 1966 la CBCA a créé des centres sociaux pour la l’alphabétisation et l’apprentissage des métiers. Parmi les acteurs dans ce domaine, on peut citer Kamate Zacharie Butsumbwa, Malonga Aristariko, Kasika Kibatsi, Neema Kamuswekere, Masika Walire, Sivanzire Daniel, Mulekya Buhaka, Esteri kalendi, Esteri Kyakimwa et Loose Kipuni parmi tant d’autres. Aujourd’hui, la CBCA est très engagée dans le domaine du développement notamment dans le domaine de la sécurité alimentaire et l’encadrement des jeunes désouvrés : CEDERU Kibututu, CPR Idjwi, APPJ Kikyo Butembo, CAPA Bukavu, Sécurité alientaire Bwito et bientôt à Muku auxquels il faut ajouter les centres d’accueil CAP Nguba Bukavu, Tuneko Goma, Buturande, Kikyo Butembo et Beni pour son auto-prise en charge.

La CBCA ne travaille pas en vase clos. Elle figure parmi les premiers membres de l’Eglise du Christ au Congo (3ème CBCA). Elle a ensuite noué des relations avec les Eglises Réformées de Hollange par le truchement de son Bureau Central de Diaconie (ADB) qui envoya Nella Star. Puis, par le canal de l’ECC, elle prit contact avec les églises d’Allemagne à travers « Pain pour le Monde » et le « Service d’outre mer (Dienst in Übersee) avant de conclure un partenariat avec la Mission Evangélique Unie. Au début des années 80, la CBCA reçut le premier missionnaire allemand en la personne de Mr. Kandzior, suivi du pasteur Johannes Demandt, Mr. Horst Schulze et d’autres. Le Rév. Jürgen Kanz a joué un grand rôle dans la consolidation des relations entre la CBCA et la VEM. C’est dans ce cadre que la CBCA a pu envoyer des missionnaires en Allemagne, au Rwanda, en Tanzanie, à l’Equateur. Dans la fraternité baptiste, la CBCA a pu nouer des relations avec les baptistes du Canada qui envoyèrent les Pasteurs Waldok, Loden, Matwawana, Dr. Steeve Connor, Mlles Hope et Smith. D’autres partenaires se sont ajoutés notamment Canadian Foodgrain Bank, Christian Aid, Fondation Kivu, Fondation Gabrielle & Lück Stifftung, Solidarité Protestante Belge, Oxfam, EPER Suisse, World Relief, Action Aid, etc.