Goma se vide

Après la récente éruption du volcan Nyiragongo, samedi dernier 22 Mai dans la soirée, c’est un véritable exode urbain d’une grande partie de la population de la ville de Goma auquel on assiste depuis ce jeudi 27 Mai 2021. Des personnes de toutes catégories, enfants, jeunes et vieux, ont eu le choix de quitter la ville touristique par le sud via le port de Goma pour Bukavu, par l’Est via la frontière congolo-rwandaise pour Gisenyi, par l’Ouest pour gagner Sake à un peu plus de 27 kilomètres de Goma et enfin par le nord pour gagner Rutshuru et le grand nord. C’était visiblement des dizaines de milliers sur ces différents axes. A la réouverture de la route Goma – Rutshuru par la délégation ministérielle, plusieurs centaines des véhicules ont fait la queue jusque tard à l’aube.

Une dame en pied, faisant route vers Kiwanja en vive allure

Nombreux sont ceux qui ont quitté la ville hier jeudi décidemment après avoir suivi tard la nuit, le communiqué du Gouverneur militaire sur l’obligation d’évacuation pour les quartiers cités dans son communiqué. Alors que l’évacuation ne concernait en théorie que 10 des 18 quartiers de Goma, ce sont en fait la quasi-totalité des habitant qui ont manifestement déserté la ville.

Les autorités avaient ordonné, le jeudi matin, l’évacuation de dix quartiers de la ville de 600 000 habitants du fait des risques liés à l’éruption du volcan Nyiragongo de samedi dernier. « Les données actuelles de la sismicité et de la déformation du sol indiquent la présence de magma sous la zone urbaine de Goma, avec une extension sous le lac Kivu », a déclaré, jeudi matin dans une adresse à la population sur les médias locaux, le gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu, le général Constant Ndima. « On ne peut actuellement pas exclure une éruption à terre ou sous le lac Kivu qui pourrait advenir sous très peu, voire sans aucun signe précurseur », a expliqué le général Ndima, citant les noms de dix quartiers de la ville.

« Des risques supplémentaires sont liés à l’interaction entre la lave et l’eau » du lac, a-t-il mis en garde, évoquant clairement le scénario catastrophe, bien connu et identifié pour le lac Kivu, d’un risque de déstabilisation du gaz sous le lac. Autrement dit, dans le jargon des spécialistes, d’une « éruption limnique ».

Ce scénario est particulièrement effrayant : « Les gaz dissous dans les eaux profondes du lac montent, surtout le CO2, et asphyxient tous les êtres vivants autour du lac Kivu du côté congolais et rwandais », selon une note de l’OVG, pour qui « il y aurait des milliers de morts » dans les deux pays.

Sur une terrasse des boutiques sur la route à Kiwanja, des familles des déplacés entrain de se faire de quoi manger. -Ph. Daniel MUYISA

Pour Patrick Muyaya, ministre congolais de la Communication et des médias, qui a tenu une conférence de presse jeudi à Kinshasa, cet événement est inédit : « Ce qu’on a observé le 22 mai, c’est qu’il n’y a pas eu, comme par le passé, des tremblements qui précèdent. Vous comprenez que nous sommes devant un tableau inédit et les scientifiques n’ont pas encore de réponse claire sur ce qui se passe réellement. C’est ce qui justifie justement la décision du gouvernement de procéder à une évacuation des personnes qui sont le plus menacées, parce que les hypothèses renseignent qu’on peut aller dans un cas ou dans un autre, les risques d’accentuation de tremblements de terre ressentis de manière continue depuis le 22 mai dernier qui peuvent causer des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants. »

« Le risque d’une éruption volcanique secondaire, explique encore le ministre, partant des fissures créées par le mouvement sismique n’est pas négligeable. Ceux qui habitent Goma savent que depuis de précédentes éruptions il y a eu des fissures souterraines. Les tremblements de terre ressentis depuis le 22 mai – plus de 400 – ont encore ouvert d’autres fissures. Alors la crainte, parce qu’on ne sait pas, c’est si toute la lave s’est déjà vidée ou si la lave cherche, justement du fait de ces tremblements, à ressortir. »

Goma est remarquablement ce vendredi une ville qui vit au ralenti. Le centre-ville est quasi désert et c’est la même situation dans les quartiers du nord de la ville. Les banques sont fermées tout comme les magasins et les marchés. Pour éviter les pillages, les services de sécurité effectuent des patrouilles pour sécuriser les biens et les personnes.

Six jours après l’éruption du volcan Nyiragongo, Goma et ses environs sont toujours sous la menace. C’est une expérience inédite, souligne le gouvernement. Plusieurs questions sont encore sans réponses et les scientifiques congolais cherchent toujours à savoir pourquoi aucun signe avant-coureur n’a été enregistré et pourquoi les séismes ont continué.

A Goma, les activités tournent au ralenti. Certainement que la grande partie de la population de Goma est encore en fuite. Il y a certains éléments de la police qui sont en train de circuler dans certains points chauds de la ville de Goma pour rassurer. –Témoigne une source sur place.

Pendant que certaines familles sont encore sur le départ, d‘autres sont en train en même temps, malgré le danger potentiel, en train de revenir vers Goma. Ces familles déplorent des conditions d’accueil insuffisantes, notamment à Sake, cité toute proche où les autorités les ont invités à se rendre. Le gouvernement a demandé à toute la population de se diriger dans la cité de Saké. Malheureusement, aucun site n’a été prévu pour les accueillir. Et déjà ce matin, certaines personnes ont encore décidé de rentrer à Goma afin de mieux vivre.

A Kiwanja par exemple, où nombreux se sont arrêtés la même soirée, les conditions de survie deviennent de plus en plus difficiles. Plusieurs familles ont fait le pied jusqu’à Kiwanja avec plusieurs effets soit sur la tête soit chargés au dos et tant d’autres, arrivés à Kiwanja, ont passé la nuit sous la belle étoile sans aucun moyen de survie.

« Tous les hôtels étaient déjà pris depuis samedi. Même si tu as l’argent, c’est devenu très compliqué de trouver une chambre d’hôtel, de trouver quoi se nourrir et encore moins à boire. Alors, on a été obligés de passer une nuit à la belle étoile sur la route. Tôt ce matin, on a repris le chemin. Là, on est à un endroit dit chez les Français. La route est totalement détériorée. Heureusement, il y a une équipe de la Monusco qui est en train d’épauler les gens pour faire passer les véhicules. Mais, là il n’y avait pas moins de 200, 300 véhicules stationnés », explique un témoin sur place.

Traversée de la lave vers KIZIBA (Goma). -Ph. Don Juan

Sur la route Goma-Sake allant jusqu’à Minova voire même Bukavu, plusieurs personnes étaient bloquées dans un cortège sur la route du sud, en raison d’un affaissement de la piste. L’espoir était d’atteindre finalement la ville de Bukavu le même soir. De nombreuses familles ont dormi à la belle étoile près de la localité de Minova. L’on peut dire que tout constat fait, la situation humanitaire en Province du Nord-Kivu et particulièrement à Goma est critique.

En vrai dire, les habitants de Goma sont supposés attendre les recommandations de l’autorité provinciale avant de regagner leurs domiciles. Mais le gouvernement avait fait savoir que ce retour ne sera possible que lorsque la menace sera totalement écartée, autant dire qu’aucune date ne peut être envisagée pour le moment.

Dans la province du Sud-Kivu, où bien d’autres gomatraciens se réfugient, une réunion des autorités locales a eu lieu jeudi 27 mai, pour essayer d’aménager et d’accueillir au mieux ces déplacés. Plusieurs terrains ont déjà été identifiés pour les recevoir.

Cependant, après l’exode de la population gomatracienne, le défi est maintenant lié à l’accueil des déplacés. La famine menace. La prise en charge est  à présent une urgence.

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